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jeudi 30 mai 2013

3 théières pour un mini tuo cha






Je n'ai pas de théière attribuée aux puerh cuits. Ça ne m'empêche pas de dormir car j'en ai bu extrêmement peu ces dernières années. Mais cela va peut-être changer d'ici quelques semaines. Aussi, j'ai fait la tournée d'inspection parmi les théières qui servent peu, et j'en ai sélectionné trois que j'aimerais vraiment utiliser plus souvent. Mais voilà, il ne s'agit pas de jeter son dévolu sur une théière et de lui imposer un thé. C'est souvent la théière qui impose ses choix, bien contre mon gré la plupart du temps...








Trois candidates. La première, une magnifique Chao Zhou initialement prévues pour les Yancha et autres Oolong torréfiés, thés auxquels je préfère le gaiwan et pour lesquels j'ai à présent une superbe Ba Le, plus efficace. Superbes formes, finitions parfaites. C'est celle des trois à laquelle je tiens le plus, pourtant la moins chère.








Une taïwanaise noire (Yan Weng Ji), qui va en général sur les vieux puerh crus, thés que je ne bois pour ainsi dire jamais. Encore une fois, de superbes formes et une finition parfaites. C'est la plus chère et celle à laquelle je tiens le moins.








Une Shui Ping en Hong Ni de la Yixing Factory #1, achetée à Nada, faisant anciennement partie de sa collection personnelle, pour les Yancha il semble me souvenir. Je l'avais dédiée aux Oolong âgés, thés que je ne bois vraiment, mais vraiment pas souvent. Une théière qui ne mérite pas de prendre la poussière.








Je vais essayer d'en choisir une et, pour ce faire, je vais infuser mon thé dans un instrument neutre, verser le thé dans mes théières, et enfin comparer les résultats. C'est parti.








Quelques mots sur mon protocole :

- je n'ai pas choisi un thé médiocre (contrairement aux apparences) car je doute qu'un test avec un tel thé soit révélateur,

- j'utilise les mêmes tasses, car une différence de forme donnera un rendu différent au nez, créera un refroidissement plus ou moins rapide, enfin le contact des lèvres pourra influencer le rendu,

- j'ai pris le parti de ne pas préchauffer les théières : j'ai déjà remarqué lors de ce genre de test qu'une différence de température rendait plus difficile la comparaison. Les théières ayant des volumes et des épaisseurs différentes, j'ai préféré partir à froid.








Résultats (au bout de plusieurs infusions) :

Le rendu de la Chao Zhou est très propre, j'ai envie d'employer le mot "sec". Elle n'arrondit pas trop, n'accentue pas le côté sucré de ce thé. Bonne longueur. Peut-être trop sec, manquant un peu de gras, mais je préfère ce travers à l'inverse : je n'aime pas les shu cha trop sucrés. Ici, les notes de terre et de poussière ressortent bien, et c'est quelque chose que j'aime dans les puerh cuits.








La Hong Ni a un rendu peut-être gustativement plus faible, mais plus aérien, avec des effets de gorge extra. C'est la terre la plus souple des trois, donc celle qui gagnera le plus à force d'être utilisée, en théorie. Nada m'avait dit que cette théière était trop bonne pour les shu cha à l'époque. Il y a des chances que j'ai sous estimé cette terre...

La Yan Weng Ji part peut-être avec un léger avantage : elle n'a connu que du puerh alors que les autres théières n'en ont pour ainsi dire jamais vu. Le rendu gustatif est riche, rond, plus gras, le caramel et les notes de dates interpellent directement les papilles, mais la liqueur tombe plus rapidement à la fin j'ai l'impression.








En conclusion, chacune a sa personnalité. Je vais essayer de tester sur la durée la Chao Zhou, voir si son rendu évolue dans le bon sens. Je vais garder la Yan Weng Ji pour les vieux puerh sheng et vais sérieusement étudier cette petite Hong Ni...


À bientôt !



  

dimanche 4 novembre 2012

À Vendre






Je donne un peu plus de visibilité à cette théière que je souhaite vendre.

Alors pourquoi se séparer d'une telle beauté me demanderez-vous ? La réponse est simple : car elle est exigeante. Ce n'est pas une théière qu'on prend nonchalamment de l'étagère, qu'on remplit au pif, et qu'on infuse en dilettante.

Elle demande d'être précis et patient pour reprendre les termes de Lionel de la Cave à Thé d'où provient cette théière.

Je l'avais achetée en connaissance de cause, cherchant la difficulté à l'époque. Maintenant, quand j'utilise une théière, je cherche la souplesse. Point de balance ni d'autres contraintes. Pour moi, utiliser une théière est un moment de détente, pas d'analyse. Je laisse ça au zhong.

Cela dit, sachez qu'une fois les bons paramètres trouvés, le rendu est magnifique. Rares sont les terres qui fonctionnent avec les gao shan cha. Mais celle-ci en fait partie, à mes yeux en tout cas. Les thés rouges sortent super bien aussi dedans. Deux familles de thé qui ont déjà des instruments dédiés chez moi. Tout thé peut fonctionner avec cette théière. Cela dépendra de vos goûts.

Voilà pour une rapide présentation. N'hésitez pas à poser des questions. Je la vends au prix d'achat (200€), et j'offre les frais de port en France métropolitaine.

À bientôt.







mercredi 31 octobre 2012

La petite dernière...






Le monde du thé - et plus particulièrement des théières pour certains "addicts" comme moi - est plein de tentations... Il y a des périodes pendant lesquelles on en recherche durant des heures, parcourant la toile de long en large, avec plus ou moins de succès. À d'autres moments, ce sont les théières qui vous trouvent, souvent en trop grand nombre.









Voici une véritable théière de la célèbre Yixing Factory #1. Détails techniques ici

Pourquoi ai-je acheté cette théière ? Peut-être pas pour les bonnes raisons. Parce qu'un tel modèle, avec le pedigree détaillé et donc la certitude que ce n'est pas une fausse, ça fait envie. Parce que c'est un morceau d'histoire. Parce que dans dix ans, je ne sais si ce sera encore possible de trouver un tel modèle. Parce que les terres souples, cuites en réduction me plaisent de plus en plus. Parce qu'elle est vendue par un passionné qui ne propose que la crème de la crème. Parce que j'ai eu un bon feeling. Parce que je la trouve magnifique, parfaitement équilibrée avec son gros ventre, ses parois d'épaisseur moyennes, son anse, son bec... Parce que malgré son âge, elle est neuve et que je vais la culotter moi-même de A à Z.









Il m'aura fallu vendre une théière pour pouvoir me payer cette Ba Le. Et j'en profite pour annoncer que, bien que cela m'en coûte, je vends aussi la jolie Shui Ping en photo à la fin de cet article (pour des renseignements, vous pouvez me contacter sur voieduthe@gmail.com).

Je ne pense pas que le prix fasse la qualité d'un tel objet. Une vieille théière aux allures de pièce de musée aura certainement un prix très élevé, mais cela ne signifiera pas non plus qu'elle fasse du bon thé.

Ici, j'achète une provenance prestigieuse, néanmoins gage d'une certaine qualité, même s'il s'agit d'une copie "half-handmade" du modèle original des années 70.

L'usage dira si j'ai fait une erreur ou non, mais les premières impressions sont assez jubilatoires je dois bien le dire.

J'en dévoilerai plus, à mesure que nous ferons connaissance.


À bientôt !














jeudi 5 juillet 2012

Écouter le message des feuilles






Petit retour en arrière sur mon modeste parcours... Au début de mon aventure, je dévorais la toile à la recherche d'informations, de connaissance. J'étudiais la pratique des autres, copiais les gestes, testais les paramètres. Très influencé par la Galette de Thé et autres blogs, l'utilisation des théières m'apparaissait comme une évidence, et la possession de pièces de prestige une condition sine qua non à la réussite de la meilleure infusion possible. 




La vieille Yixing Zhuni, arme absolue ?




Le zhong faisait partie de mon paysage. Je me forçais à l'utiliser de temps en temps car j'avais lu que c'était un outil performant et que son utilisation était pédagogique. Mais dans ma tête, ce n'était pas l'arme absolue, juste une étape avant de passer aux choses sérieuses. Il y avait néanmoins des signes autour de moi pour m'indiquer que cet outil était en fait bien plus. Le plus clair fut une discussion avec Gilles alors qu'il officiait encore à la m3t, où il me confia qu'il n'avait rencontré qu'une seule fois une théière qui dépassait vraiment le zhong en terme de résultat, mais cette dernière travaillait nuit et jour, tous les jours depuis des années. Pourtant dieu sait qu'il avait du croiser de beaux spécimens, et devait en posséder lui-même quelques-uns... Je pense que c'était un habile conseil pour ne pas que je m'éparpille trop et me focalise sur le thé plutôt que sur le "merchandising".

Mais je continuais dans ma voie, dans ma recherche, avide de connaitre les différentes terres. Je collectionnais les théières. Mais la vérité c'est que souvent, quand je sortais mon zhong en porcelaine, j'avais un résultat bien plus satisfaisant dans ma tasse. Il y avait certes le doute que la raison en fut ma technique imparfaite, mes terres, elles, étant assez nobles...




Des tests en pagaille...




Après un moment passé à essayer toutes sortes de thé, je me suis rapproché un peu des wulong, famille à mon sens plus difficile à réussir que les puerh, la théière n'arrangeait rien car elle ne permet pas de bien surveiller les feuilles, leur ouverture, etc. Je l'utilisais néanmoins, toujours persuadé que c'était l'instrument ultime.

Durant tout ce temps, je ne maitrisais rien des changements qu'opérait mon matériel sur le thé. J'étais spectateur. Pour moi, vu que j'achetais de bonnes terres, parfois même de très bonnes, j'avais en mains les outils les plus adaptés. Les seules variables d'ajustement étaient la technique et la qualité des feuilles.

Heureusement pour moi, je m'imposais de toujours découvrir un thé à l'aide de la porcelaine. Et comme je buvais beaucoup d'échantillons, je l'utilisais pas mal au final. C'est à ce moment là aussi que j'ai acquis le zhong de Jingdezhen de Tim, ce qui changea beaucoup de choses, car pour la première fois j'avais entre les mains un zhong dont la beauté et le plaisir d'utilisation égalaient ceux de mes théières.





L'arme absolue !? Plutôt, oui...




Puis je me suis acheté ma bouilloire Lin's. Quelle belle pièce ! C'est à cette époque également que je me rapprochais d'Akira, qui n'était déjà pas avare de longues discussions et de conseils glissés habillement. Un jour, il m'offrit un échantillon de Ba Xian, fameux dan cong... Je lui fis un compte-rendu détaillé, que je voulais 100% objectif. À sa réponse, je compris qu'il avait tiqué sur le fait que j'avais utilisé cette bouilloire en terre et surtout sur le fait que je n'en maîtrisais pas les effets parfaitement. Loin de mettre en doute la qualité de cette bouilloire, il me conseilla d'essayer avec des ustensiles neutres afin de me rendre compte de la qualités des feuilles, du moins si je voulais être véritablement objectif.

Puis tout s'est fait très vite : Tim et lui me parlèrent de l'eau, de son importance, puis est sorti le pamphlet sur l'eau évoqué dans l'article précédant. Et s'en suivirent une série de remises en cause, de mini révolutions devant lesquelles je me suis vu contraint de tout reprendre à zéro : eau pure, matériel neutre, du moins le plus possible.








Le but premier : maîtriser les paramètres, le matériel, du moins autant que possible. Se rapprocher des feuilles pour essayer d'en ressentir le message exacte, jusque dans les moindres détails.

Au final, se faire le palais. Car je suis d'accord avec Akira sur ce point là, ce n'est pas en trimbalant des feuilles aléatoirement dans des théières dont on ne maîtrise pas le rendu - encore moins les combinaisons entre les éléments de son matériel - qu'on y parviendra de manière efficace. Il faut une constance, que "toutes choses restent égales par ailleurs" hormis les feuilles en elles-mêmes.








Pour finir, dans une résolution plus récente née d'échanges avec d'autres passionnés, j'ai décidé de boire moins mais mieux. Moins de feuilles achetées, mais de plus haute qualité. Car pour être à même d'apprécier la qualité, il faut la côtoyer souvent. Ce n'est pas avec des thés de supermarché qu'on devient fin dégustateur, ni même avec des thés provenant de certaines enseignes plus prestigieuses. Tout comme pour le vin, la qualité et le prix - souvent liés malheureusement - peuvent monter très haut. Akira parlait hier d'un Tie Guan Yin à 15€ le gramme... Je n'en suis pas là, mais j'y travaille. Être à même d'apprécier un tel thé doit demander des années d'entrainement. Il faut commencer par la base puis monter en gamme. Bien sur, il faut avoir confiance en ses revendeurs, car si un thé de qualité sera presque toujours cher, il y a beaucoup de thés chers qui ne valent rien...




En parlant de belles feuilles, merci lionel...




Bref, la qualité que je vise est déjà très intéressante. Il s'agit de thés préparés par des maîtres reconnus, dont le savoir faire, souvent hérité du travail de plusieurs générations avant eux, est perceptible à chaque inspiration, à chaque gorgée. Qui voudrait prendre le risque d'altérer ce message, a fortiori de façon incontrôlée ? Pas moi en tout cas. Seulement après des années d'entrainement et de connaissances de mes terres, je me permettrai de les utiliser à bon escient. Mais pour l'heure, il convient pour moi de me concentrer sur les feuilles. C'est tout ce qui m'intéresse. Mon but n'est pas de jouer à la dinette pour le plaisir, ni d'imiter telle ou telle personne. Mais de progresser en sachant ce que je fais, en fonction de mes critères, mes objectifs. C'est un cheminement personnel, que nul ne doit s'imposer sans bonne raison.

Voilà pour ce petit retour afin d'expliquer mon changement de cap récent, des théières vers le zhong. Par la suite, il serait intéressant d'étudier les différentes qualités de porcelaine et leurs impacts sur l'eau/le thé. Car là aussi, il y a des différences notables...


À bientôt !


mercredi 18 mai 2011

Retour de l'enfant prodigue






Un mauvais concours de circonstance il y a environ un an, et hop, ma théière préférée, ma Yu Zhu (pilier de jade), a perdu un bout de son bec.

Le problème, outre l'esthétisme cassé, c'est que le niveau d'eau à l'intérieur de la théière ne montait plus jusqu'en haut. En effet, le niveau du bec est toujours le même que celui de la bouche de votre théière. Si le bec était plus bas, alors l'eau coulerait jusqu'au niveau de ce dernier.








Après un affutage à la lime et autres réparations de fortune - ayant fait plus de mal qu'autre chose... - je me suis vu délaisser cette théière à la terre pourtant extraordinaire. Jusqu'à ce que j'entende parler d'un artisan japonais qui effectue des réparations de qualité et qui travaille avec mon ami Hidehisa de Magokorodo.

Je contacte donc ce dernier en toute fin d'année dernière. Et en quarante-huit heures, j'avais un devis complet basé sur des photos avant/après l'accident.

Et quelques jours plus tard, je disais au revoir à ma théière à qui j'offrais un voyage au pays du soleil levant. Pas loin de cinq mois après, elle m'est revenue presque plus belle qu'à l'origine.








Pourquoi un temps si long ? Eh bien contrairement à ce que je croyais au début, ce n'est pas à cause de la liste d'attente de l'artisan, mais cela est du au temps de séchage extrêmement long des résines utilisées.

Voici un lien vers des exemples de réparations de ce même artisan sur des théières. Il y en a d'autres sur son site.




Il y avait aussi deux petits éclats sur le couvercle du à une chute dans l'évier...




J'ai choisi une finition "or lustré" parmi les différentes possibles. Je me suis dit qu'il ne fallait pas chercher à dissimuler cet accident, que cela faisait à présent parti de son histoire. Et je ne regrette pas.








Si certains d'entre vous sont intéressés un jour par ce genre de réparation - je ne vous le souhaite pas, mais bon... - il vous suffira de contacter Magokorodo qui travaille directement avec l'artisan réparateur, qui ne parle pas d'autre langue que le japonais. Mago vous négociera un devis, puis s'occupera de tout, aux petits oignons comme il sait si bien le faire, par exemple en vous envoyant des photos de votre théière en cours de réparation.








Alors vous pouvez arrêter de trembler quand vous utilisez vos chères théières / théières chères. Il existe des solutions.

Je vous laisse admirer la belle.




Un petit Wuyi Rou Gui Handmade 2010 de Nada pour se remettre en forme...




Il restait des paillettes dorées au fond de la théière. 
Un joli ballet s'est offert à moi lors du premier rinçage...



J'ai retrouvé mon instrument de prédilection pour les oolongs moyennement torréfiés. Quel bonheur...



À bientôt.


mardi 22 mars 2011

Chao Zhou Teapots (4/4) : Effets sur le Thé & Réflexions







Voici le dernier article de cette petite série. Je vais y parler entre autre de l'impact de cette théière sur le thé après une petite introduction.


***


Ces dernières semaines, grâce à une personne extraordinaire du monde du thé, j'ai beaucoup appris. J'ai appris que le thé, ce n'est pas forcément simple, qu'à l'instar de toute discipline, plus on voulait progresser, plus il fallait se donner, étudier et expérimenter. Sérieusement. Plus on avance, plus on se rend compte de la complexité de la tâche à accomplir. Attention, ce n'est pas une condition nécessaire pour être amateur de thé. Cela peut être simple et le rester pour celui qui le veut. Mais ce n'est pas la voie que je prends actuellement, assez terre à terre, avec pas mal d'exercices, de tests, sur l'eau, les arômes et le sacre saint after taste (longueur en bouche). J'y reviendrai. Tout cela n'est pas gratuit. Le but est de mieux ressentir la profondeur du thé, de développer le palais et le nez afin qu'ils soient plus précis. Cela va demander du temps, beaucoup de temps même.








Boire boire boire. Voilà tout ce que j'avais à l'esprit. Mais il faut maintenant que je m'attarde sur le reste, que je reprenne les choses dans l'ordre. L'eau, bien évidemment, peut être le plus important de tout. Je le réalise à présent. J'ai par exemple découvert que les compte-rendus de dégustation de mes derniers articles n'étaient pas aussi objectifs que je les voulais, et ce à cause de l'emploi de ma bouilloire Lin's qui change des choses sur le rendu final, par rapport à une bouilloire plus neutre en inox. Je suis en train d'expérimenter ses effets précis. L'eau donc...








Je l'ai déjà dit, mais je le crois à présent encore plus nettement TOUT a une influence sur le thé. Il faut en avoir conscience. Et à ce petit jeu là, la théière a un rôle très important. Son utilisation, son affectation doivent être en accord avec le thé et l'eau choisis.

Il ne faut pas attendre de miracles des théières, quels que soient leurs prix, aussi extravagant soient-ils. Bien souvent, si elles apportent des choses, elles en enlèvent aussi. Elles transforment. Les utilisateurs réguliers de la porcelaine vous le diront. Ceci n'a rien à voir avec le fait d'aimer le résultat ou non. Pour moi, une théière change le résultat. Point. Le but est de la faire coller à ce qu'on veut, et de ce qu'on est prêt à céder pour l'obtenir.

On peut, par exemple, pour profiter d'une longueur en bouche accrue, sacrifier les arômes, parfois de manière assez importante. Dans ce cas précis, on trouvera ou non que cela est judicieux pour certains thés à l'after taste puissant, comme les dan cong. Mais celui qui y sera moins sensible ou qui privilégiera autre chose ne sera pas satisfait du résultat. C'est un choix, une affinité entre la théière, le thé, et l'eau. Tous peuvent être de qualité mais ne pas s'entendre entre eux.








Pour en venir plus précisément à cette théière Chao Zhou, elle travaille sur la texture. Quelle que soit la quantité de feuilles employée, elle vous délivrera une liqueur douce et soyeuse. Elle supprimera l'astringence de manière significative. Je l'ai remarqué en lui donnant des feuilles du dan cong le plus astringent que je connaisse, en quantité, et elle m'a livré à la sortie un petit lait d'une douceur superbe.

Le côté sucré des thés est vraiment mis en avant grâce à cette théière. Dommage que la forme ne se prête pas aux dong ding ou autres petits bonbons aux miels. Il me faudra cependant faire des essais avec baozhong torréfiés (qizhong) ou âgés.








Elle gomme un peu la torréfaction des thés pour se concentrer sur ce qu'il y a au-dessous. C'est d'ailleurs sur cette catégorie qu'elle tire le mieux son épingle du jeu selon moi. En particulier sur les thés de rochers. En effet, je gardais le meilleur pour la fin, car là où elle excelle vraiment, c'est sur la mise en avant de la minéralité des thés. On gardera ainsi en bouche cet aspect après que le reste ait disparu, cette impression minérale, ultra présente dans les wuyi yan cha.

Dès que je m'en suis aperçu, aiguillé par les conseils de Tim il faut l'avouer, j'ai donc essayé beaucoup de thés de cette famille avec cette Chao Zhou. A la boutique de Postcard, Tim nous avait fait un blind test avec son Rou Gui de Maître Xu, une tasse préparée en zhong, l'autre avec une théière identique à la mienne, même paramètres. Le résultat était - étonnamment - exactement l'inverse de ce que j'aurais cru, chose confirmée par des essais à la maison. Le thé dans cette théière est plus présent, plus précis, plus intense qu'en zhong, alors que je l'aurais pensé plus arrondi.








Cela dit, je dois avouer que ça ne marche pas avec tous les wuyi yan cha. Certains gagnent à être infusés avec cette théière, tandis que d'autres sont justes meilleurs en zhong. Ma Yixing qui officie aussi sur les Wuyi Yan Cha tire également son épingle du jeu pour certains d'entre eux, mais pas tous. C'est à la fois frustrant et normal. Un bon thé de rochers demande un savoir faire pour être préparé. Et on en trouvera de plein de sortes différentes : des jeunes, des vieux, des feuilles plus ou moins oxydées, torréfiées plus ou moins fortement, au charbon de bois ou non, une ou plusieurs fois, avec plus ou moins de temps entre elles, etc. Il parait donc "logique" qu'une unique théière ne puisse convenir à cette famille. Par contre, la porcelaine, elle, sera toujours fidèle, et si elle est de qualité, le résultat n'en sera que plus beau.

Les photos de cet article ont été prises sur deux soirs consécutifs avec le même thé, le Rou Gui de Maître Xu vendu par Postcard Teas, un soir en porcelaine et l'autre en théière Chao Zhou. Très beau thé au passage, que je connais un peu pour le côtoyer depuis un peu moins d'un an, tout en finesse, bien différent des autres thés de rochers que je connais, souvent très torréfiés, plus forts et moins subtils. Moins prestigieux que le Da Hong Pao du même Maître Xu, mais très bon néanmoins.








Voilà, il y aurait encore beaucoup à dire sur les sujets évoqués ici, mais il faut bien en laisser pour les prochaines fois.


À bientôt !


mardi 8 mars 2011

Chao Zhou Teapots (3/4) : My Chao Zhou Teapot







Une belle théière, voici quelque chose que tout inconditionnel de thé aime avoir entre ses mains. Il en existe plein de sortes, avec diverses variations de glaise, de forme, de taille, mais aussi de provenance et d'histoire. Chaque petit détail aura son importance et une influence sur le résultat. Elles garderont en mémoire les infusions précédentes, le type de feuilles utilisées, jusqu'au type d'eau employé. Elles changeront l'expérience de la dégustation. Presque plus important que le reste, le plaisir de les utiliser sera déterminant.

Je vous l'ai montrée en image d'introduction lors des deux derniers articles, voici la petite dernière, pas la "dernière-dernière", mais la plus récente. En tout bon aficionado/collectionneur, je travaille déjà à la suivante...

Comme évoqué plus tôt, celle-ci, je l'ai commandée il y a de nombreux mois, puis me la suis faite garder jusqu'à mon voyage à Londres. Trop de colis coulés dans la Manche ces derniers temps. Hors de question que ça arrive à ma théière !






Je ne vais pas me perdre en longs discours, juste laisser parler les images. Merci Philippe pour l'idée du diaporama. Je n'ai pas l'option musique, mais les possibilités auraient été trop nombreuses. Ça limite de plus le plagiat !

Un petit mot tout de même : cette théière a été confectionnée par Zhang Yanming, un potier très connu en Chine. Il est le représentant de la 4ème génération de potiers dans sa famille. Il a un fils qui fabrique à présent de très beaux objets également. Dans l'article précédent, les théières avec de grandes anses circulaires dominant le couvercle sont le résultat de la collaboration entre le père et le fils (Zhang Haiyuan). Il fabrique des théières dans la pure tradition Chao Zhou depuis plus de 40 ans et a reçu le titre de "Maître National en Céramique" de la part du gouvernement chinois, rejoignant ainsi un groupe restreint de 90 artistes dont il est le seul représentant de son style. Le voici en photo, mais vous l'avez vu déjà vu en vidéo...








11,5cl. J'ai choisi la forme plate car je la destine aux thés aux feuilles longues : dan cong et wuyi yan cha. Les finitions sont splendides. La verse superbe : pas une goute ne perle du couvercle et ce dernier est suffisamment ancré en profondeur pour verser sans le tenir. La finition est lisse est très douce. L'infusion de thés torréfiés donne aux parois une belle couleur rouge profond comme sur la première photo de cet article. Un bonheur de la manipuler. Cette théière n'est pas fragile. Les parois sont entre fines et moyennes et elles retiennent très bien la chaleur.

Esthétiquement, j'adore le bec un peu recourbé et surtout le bouton et les rainures juste au-dessous. Elle est à la fois belle et pensée pour être efficace, combinaison pas forcément présente dans toutes les théières, même de qualité. On sent le savoir faire du créateur, doublé d'un amateur de thé. Je vous renvoie aux vidéos du premier opus de cette série pour voir l'artiste à l'œuvre.

Le reste se passe en images.






Il a aussi réalisé les tasses que je vous présente ici, qui complémentent à merveille la théière pour un gong fu cha "Chao Zhou style."










Je parlerai dans le prochain article de l'effet de cette théière sur le thé.

À bientôt !