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lundi 23 novembre 2015

Les choix préalables à la dégustation









Ça peut paraitre idiot ou étrange, mais je me pose parfois beaucoup de questions avant de me lancer dans une dégustation. Quel thé ? Infusé comment ? Avec quel matériel ? Voilà des interrogations qui peuvent m'occuper un moment et je suis parfois encore en train d'y réfléchir alors que l'eau bout déjà dans la tetsubin. Je vous propose de m'accompagner dans ces tergiversations.











Le gong fu cha : le "temps du thé"

Voici pour commencer un élément important : il s'agit d'un moment consacré à la préparation du thé. Et, par définition, cela demande d'avoir un peu de temps à y consacrer. Pas 5 minutes, pas 10 minutes, pas des heures non plus, mais une quantité confortable de temps pour pouvoir faire un nombre suffisant de tasses. Comme on va le voir, cela influence beaucoup mes différents choix.

Il m'arrive souvent de faire autre chose en même temps, trop souvent même j'ai envie de dire, car plus l'attention est divisée, moins le thé a tendance à être bon : on est moins précis sur la préparation d'une part, mais aussi moins concentré sur les finesses et le ressenti. Une dégustation à plusieurs aura également cet effet dissipateur, mais ce sera compensé par le plaisir de partager une tasse voire sa passion.

La préparation et l'appréciation du thé demande donc du temps, celui qu'on voudra bien ou qu'on pourra lui consacrer. C'est une condition sine qua non.











Le choix du thé et de son dosage :

Dans ma tête, ceci est directement lié au point précédent. Certains thés seront faisables en une grosse demie heure et de façon confortable, et d'autres pourront littéralement prendre des heures si on les fait d'une traite. Bien sûr, il est possible d'interrompre une session pour la reprendre plus tard, mais c'est rarement ce qu'on souhaite, même si un bon thé ne souffrira pas trop des interruptions.

Donc si je n'ai qu'une heure, je ne choisirais pas forcément le même thé que si je n'ai qu'une demie heure ou au contraire une après-midi entière devant moi. Si j'ai envie de faire autre chose à côté, cela pourra aussi influer mon choix. Si je ne peux pas être tout entier à mon thé, je descendrai en gamme. Si j'ai un long moment sans interruption devant moi et l'envie de ne rien faire d'autre que de m'y consacrer, je choisirai plus volontiers un excellent thé.

J'ai en gros trois grands choix quand je m'apprête à me faire une dégustation : échantillon d'un thé que je ne connais pas ou très mal, que ce soit moi qui l'aie acheté ou non, nouveauté (achat récent), ou taper dans les réserves qui sont en général des thés qui ont passé l'étape de la sélection et que j'ai "stockés" quelle que soit la quantité (de quelques grammes pour la dancong-o-thèque à plusieurs centaines pour certains puerh). En pratique, je me rends compte que ce que je fais le moins souvent est de taper dans les stocks. Il y a toujours des échantillons à tester (et je ne m'en plains pas) ou des arrivages à découvrir.

La période de la journée jouera aussi : mon estomac refuse les thés torréfiés le matin, surtout que je suis souvent à jeun avant le déjeuner. Même chose pour certains thés rouges très tanniques (ce qui n'est pas forcément un bon signe j'ai l'impression de toute façon). Malheureusement, il m'est impossible de boire du matcha l'estomac vide également. À côté de ça, le matin est quand même le moment privilégié pour les thés verts. Je ne sais si c'est une idée préconçue que j'ai pérennisée, mais en tout cas, c'est vers ces thés que ma main se tend le plus naturellement du monde au réveil. Mon corps en réclame. Comme dirait un ami, "le thé vert, c'est la base" après tout. 

Quid de la saison ? On dit que le printemps se prête plus au vert et l'hiver plus à ce qui est fermenté et/ou torréfié. Comme le thé vert du matin, c'est quelque chose que je ressens assez naturellement. Mais à présent, grâce à la mise sous vide par exemple, nous ne sommes plus obligés d'être autant rythmés par les saisons. On peut profiter de thés verts hypers frais ou de darjeeling de printemps encore intacts en plein décembre. Et j'avoue que, plus que tout, j'aime avoir l'embarras du choix et ne pas être limité à ce qui est normalement de saison (pour le thé). Je dirais donc que ce paramètre influe assez peu sur mon choix au final.

Dernier point que je mets ici, c'est le dosage du thé, qui permettra de moduler la durée de la session. Envie de passer un long moment avec un yancha ? Un ratio de 1g/1cl devrait faire l'affaire. Juste une petite heure avec le même thé ? 5g suffiront amplement, en fonction de la qualité bien entendu, car un bon thé n'est pas celui qui s'éteint au bout de quelques infusions, toutes familles confondues, les paramètres choisis allant jouer aussi, bien entendu. C'est un autre critère à prendre en compte. Par exemple, si je décide de faire un sencha en infusions flash et très chaudes, j'aurais beaucoup plus de tasses au final que les 3/4 habituelles avec des paramètres plus classiques, donc besoin de plus de temps.

Dans ma pratique, il y a un lien direct entre le temps disponible et les choix du type de thé, de sa qualité et des paramètres utilisés.











Le choix du matériel d'infusion :

Première question : matériel neutre (porcelaine) ou terre (pouvant altérer le rendu final) ? Cela dépendra de ce que je bois. Déjà, si c'est une découverte, je ne me pose pas de question : gaiwan obligatoire. Si c'est quelque chose dont j'envisage l'achat : idem. En fait, je suis un gros aficionado du gaiwan, pour son aspect pratique et sa neutralité, il sera donc presque toujours mon choix de prédilection. Il n'y a que quand je bois mes stocks, donc que je n'ai pas besoin d'évaluer la qualité, que je suis susceptible de choisir une théière et/ou pour certaines catégories de thé précises : yan cha ou vieux puerh sur des infusions tardives par exemple.

Il y a aussi le cas où je cherche un effet bien précis, comme mes différents kyusu pour mes thés japonais (cuits en réduction ou en oxydation), ou théières dédiées à un type de thé (ex : wulong torréfiés).

La question d'après est : quel gaiwan ou quelle théière ? Taille : si j'ai un échantillon de 4g de puerh, je ne vais pas prendre mon plus grand gaiwan (encore que rien n'oblige de remplir un gaiwan ou une théière au maximum de son volume utile). Si c'est un thé rouge, je vais surement chercher un grand modèle, ou un thé vert chinois. L'épaisseur dépendra du mode d'infusion et du thé : eau très chaude pour thé délicat : gaiwan fin. Thé vert préparé avec une eau plus tiède et avec des infusions plus longues : gaiwan épais. La forme jouera aussi, encore que la plupart de mes gaiwan soient adaptés pour une majorité de thés. J'ai néanmoins des gaiwan plus ou moins dédiés, et certains qui sont meilleurs que d'autres. La qualité du thé rentrera donc un peu en jeu ici aussi. Je ne vais pas infuser un Dan Cong de fou ailleurs que dans mon meilleur gaiwan.











Le choix de la bouilloire et de l'eau :

Là encore, tout est une question de temps. Dans l'idéal, je sors la tetsubin vu que j'ai la chance d'en avoir une. J'ai aussi une superbe bouilloire de chez Lin's Ceramics, mais pour le moment elle se repose, car elle n'est pas neutre et change beaucoup plus le rendu que la tetsubin, chose que je ne recherche pas en ce moment. En effet, j'essaie d'être plus dans l'analytique et l'appréciation de la qualité sans artifice que dans le plaisir de la manipulation de beaux objets. Mais son rendu est très bon. Avant, je ne sortais la tetsubin que lorsque j'avais plus d'une heure devant moi. À présent, même pour une grosse demie heure, elle me rejoint pour ma session, quitte à préchauffer le matériel avec ma bouilloire en inox le temps que l'eau bout (ce qui est rapide quand même).

L'avantage de ces bouilloires outre l'esthétique et l'amélioration de l'eau est la précision de la verse, chose qui devient pour moi de plus en plus important. En ne remplissant pas trop une bouilloire "occidentale" en inox et avec beaucoup de précaution, cela reste tout à fait possible d'être précis, mais c'est un vrai plaisir d'utiliser des instruments conçus pour faire le thé, y a pas de secret...

Ce sera donc le manque de temps ou la fainéantise qui me feront utiliser la bouilloire classique, dédiée à l'eau minérale que j'utilise pour tous mes thés depuis un moment et que je ne suis pas prêt de changer : le Mont Barbier de chez carrouf. Je verrai plus tard pour faire varier ce paramètre, la route est encore longue, mais pour le moment je souhaite que seules les feuilles changent d'une session à l'autre, et pas d'autres paramètres si tant est que cela soit possible.











Le choix des autres instruments :

Tasses, pichets, éléments plus décoratifs sont choisis en général en dernier, pendant que l'eau chauffe. Mon choix se porte presque toujours sur un set complet en porcelaine pour les raisons citées plus haut, en tout cas, quand je suis en mode "évaluation". Mais bon nombre de mes tasses japonaises sont émaillées donc relativement neutres et feront l'affaire. En fait, je peux rester avec la même tasse pour différents thés sur plusieurs jours. Je rince juste entre chaque thé rapidement à l'eau bouillante et hop ! J'en utilise plusieurs quand je bois plusieurs thés en même temps, pas en mode dégustation en parallèle, ce qui m'arrive peu souvent de toute façon, mais quand je finis un thé commencé la veille en même temps que j'en entame un nouveau, étant donné que je suis un adepte des infusions longues. Mais il m'arrive aussi de ne faire qu'avec une seule tasse. Ça dépend de l'état d'esprit. Les thés japonais sont comme souvent l'exception où je me permets des écarts par rapport à mes résolutions habituelles. Il m'arrive d'utiliser un kyusu non émaillé, en même temps qu'un pichet et une tasse non neutres. Sisi... Quel fou je fais...

Pichet ou pas pichet ? Je l'évite quand je peux, pour empêcher toute perturbation extérieure, mais en général je m'en sers pour refroidir le thé afin de boire plus vite. Quand j'attaque un thé qui va durer de nombreuses infusions, autant que ça défile un peu, surtout au début où les temps d'infusion sont (très) courts. J'avoue avoir besoin que la liqueur ait bien refroidi avant de pouvoir y tremper les lèvres. Je suis assez sensible à ce niveau là. Et n'étant pas branché arômes plus que cela, je ne me soucie guère de boire des thés qui ont un peu refroidi. Comme précisé plus haut, le pichet idéal est en porcelaine ou en verre, soit un matériau qui ne viendra pas perturber le rendu de la tasse.











Voilà donc le genre de raisonnement qui me passe par la tête avant de m'attaquer au thé en lui-même. Pas mal de contraintes au final, notamment sur le temps et l'attention que je pourrais apporter au thé que je bois. Bien sûr, il y a la "routine" du matin typiquement, où je prends le même paquet que la veille, mais il est fort heureusement rare que je me contente d'un seul thé dans la journée. J'espère que cette réflexion vous aura servi à quelque chose.



つづく

jeudi 14 avril 2011

Ba Xian de Hojo Tea






Voici une dégustation qui remonte à plusieurs semaines. Encore un thé d'exception, encore un thé d'Akira Hojo, et encore un thé qui mérite le titre de "meilleur thé jamais bu." Son prix va de 1.6 à 2.4€ le gramme suivant la quantité achetée. Il s'agit ici d'un échantillon offert. Ça fait cher me direz-vous, mais vu le plaisir procuré et sa qualité, et comparé au prix d'une bouteille de vin ou autre, je trouve ce thé en adéquation avec son prix.








Voici le lien vers l'article que dédie Akira à ce thé. Alors qu'y apprend-on ? Théiers sauvages de 500 ans, fermentation poussée. Très bien tout ça.

Attardons-nous un peu sur les paramètres utilisés. Ici, j'ai infusé l'intégralité de l'échantillon, soit 5g, dans mon zhong de 12-13cl (à raz-bord). Depuis, j'ai testé des paramètres plus costauds pour les Dan Cong, du genre 10 bons grammes dans ce même zhong. C'est, d'après ce que j'ai compris, la manière pratiquée par les chinois originaires du Guangdong (province où poussent les théiers à dan cong) qui utilisent donc un zhong bien rempli, une eau très chaude et des infusions flash. Je dois dire que cette méthode est assez rentable : pour deux fois plus de feuilles, j'ai obtenu trois fois plus d'infusions que d'habitude. Et contrairement à ce que je croyais, un Dan Cong de qualité supporte bien les interruptions. À noter que j'aime de plus en plus utiliser beaucoup de feuilles quelque soit le thé, mais en particulier pour les yancha et les dan cong (le puerh aussi). 








J'ai utilisé mon eau habituelle, source du Mont Barbier d'Auvergne, eau neutre à la composition minérale faible. Je l'ai chauffée en utilisant ma bouilloire en inox. Pas de Lin's, car je cherchais le plus de neutralité possible et j'avais un doute sur l'effet de cette bouilloire sur le thé. Depuis, j'ai fait des essais comparatifs et son influence me parait plus claire à présent (voir en fin d'article). Une très bonne bouilloire, mais quand je veux uniquement écouter le message des feuilles avec le moins de modifications possibles, je m'en passe.

Dernière chose, j'utilise toujours une eau très chaude. Dès que la bouilloire s'éteint et que le bruit des bulles se calme (10 secondes max après), je verse.




Le souci du détail : la présence d'un petit sachet qui absorbe l'oxygène 
afin que les feuilles ne s'oxydent pas, même pour un échantillon de 5g.




Pour commencer, je préchauffe mon zhong, deux fois. Je ne fais pas ceci pour tous les thés, mais pour de grands crus d'exception comme celui-ci, je ne m'en prive pas. Si le premier préchauffage élève la porcelaine de la température ambiante à un niveau assez élevé, le second permet d'obtenir un matériel encore plus chaud. Et vus les arômes de ce thé, croyez-moi je n'ai pas regretté. Déjà que les feuilles sèches sentaient très bon, une fois placée dans le zhong chaud, ce fut une merveille. Même fermé, je percevais déjà des arômes enivrantes : fruits exotiques, agrumes, une pointe de miel.




 




Après un bref rinçage et deux minutes pour laisser aux feuilles le temps de s'ouvrir un peu, j'ai commencé par une infusion courte :

15 secondes : la liqueur n'a pas beaucoup de corps, est très aqueuse. Quelques jours auparavant, j'avais fait un test pour voir si j'obtenais une bonne longueur en bouche avec peu de feuilles et des temps longs. Ici, je voulais savoir si l'inverse donnait le même résultat. D'après Akira, l'intensité de l'aftertaste ne dépend pas du nombre de feuilles utilisées. Néanmoins, pour un débutant comme moi, c'est tout de même plus facile de le sentir en utilisant un dosage plus élevé. Mais la liqueur forme un tout, et je n'aime décidément pas trop les dan cong en infusion yin (peu de feuilles, temps longs.)

Cette première infusion, presque un second rinçage, a déjà une longueur très encourageante. Elle est très pure, très équilibrée. On est sur le fruit, mais pas trop sucré. Mangue, litchi. L'aftertaste le plus fin que j'ai connu dans ma courte vie de dégustateur.




 




Deuxième infusion : 35 secondes : liqueur plus forte mais sage, très rapidement les saveurs évoluent. C'est absolument fantastique. Encore une fois, l'aftertaste est plus sec, beaucoup moins sucré que ce dont j'ai l'habitude. Cela est du au fait de ne pas employer l'eau de la Lin's. Le résultat n'en est pas moins bon pour autant. Du coup, je trouve à ce thé un côté agrume, car je compare instinctivement cette absence de sucre à de l'acidité. La sensation fruitée n'en est que plus intense, comme quand on ajoute un peu de jus de citron ou d'orange sur un fruit exotique ou dans une salade de fruits. En général, je remarque l'apparition de l'astringence à la troisième infusion. Mais elle est déjà là, légère, elle ne se cache pas et assèche les muqueuses comme pour réclamer plus à boire. Je ne veux pas la contrarier...




 




Troisième infusion : 1 minute : j'ai l'impression d'avoir de la pêche blanche en bouche et qu'elle se transforme aussitôt en mangue. C'est surnaturel. La texture de ce thé n'est pas très marquée. Mais franchement, les saveurs sont tellement extraordinaires que je m'en fiche éperdument ! Ce qui est incroyable, c'est que l'aftertaste démarre aussi sec. Quel régal, c'est ahurissant.




 




Quatrième : 1 minute 30 : aucune fausse note, c'est pur, limpide, magique. J'aurais pu infuser un poil plus pour conserver une plus grande expressivité, mais avec une telle qualité de feuilles, c'est bon quelle que soit la durée. Et l'aftertaste est toujours là. Une toute petite quantité de thé suffit à le déclencher. Un concentré de fruit mais jamais râpeux. D'ailleurs, je trouve que l'astringence que j'avais sentie un peu plus tôt s'est bien calmée.








À partir de là, j'ai arrêté de regarder l'horloge pour le reste de la session et ai infusé "au pif." S'est arrêtée également la prise de note. Je l'ai fini plus simplement, en l'appréciant sans le disséquer, sans mot.

A posteriori, je peux vous dire que ce fut vrai un plaisir...








Au moment de finir cet article, j'aimerais faire quelques commentaires en guise de conclusion. Déjà, cette session confirme encore l'affinité que j'ai avec les critères de sélection d'Akira. On aime les mêmes choses, ça ne fait aucun doute. Ses prix sont élevés, mais il fait dans le haut de gamme, même s'il va essayer à l'avenir de débusquer de meilleurs rapport qualité/prix.

Ensuite, une session non documentée sur ce blog, où j'ai alterné eau de ma bouilloire inox et eau de ma Lin's, m'a montré plus clairement l'apport de cette dernière. Elle ajoute une rondeur au thé, un petit côté sucré, sans pour autant gommer trop de détails, ce qui est un gage certain de qualité. Aussi sur cette dégustation, j'aurais surement perdu le côté que j'ai nommé "agrume" au profit de plus de sucre. Permet-elle d'obtenir plus de longueur ? Je pense oui, mais dans le doute, je vais me garder de l'affirmer et continuer les tests. En tout cas, une chose est sure : cette bouilloire ne diminue pas la longueur ni l'intensité de l'aftertaste.








Voilà, je vous laisse avec quelques photos de ma tasse de Jing de Zhen, et vous dis à très bientôt, pour un autre Dan Cong, ramené de Londres cette fois-ci.















mercredi 9 février 2011

Mi Di Raw Puerh de Hojo's Tea



Je ne me lasse pas de photographier cette bouilloire...




Il s'agit du haut-de-gamme de puerh vendu par Akira Hojo. Voici la page qu'il consacre à ce thé (en anglais.) C'est en discutant avec lui, de ses critères de sélection, qu'il m'a donné envie de gouter ses puerh. J'ai acheté son Mengku et son Lao Ban Zhang et il m'a offert un échantillon de ce Mi Di. Voici l'intégralité des notes prises lors de ma dégustation.




Jolies feuilles déjà brunes malgré leur jeune âge.




Il s'agit d'un puerh du printemps 2010. L'aspect des feuilles ne donne pas d'indice particulier, pas d'odeur remarquable, elles sont juste un peu foncées et pas d'un vert claquant comme on aurait pu l'attendre d'un puerh si jeune.

Dans le zhong chaud, les choses se confirment : j'aurais surement parié à l'aveugle qu'il s'agissait d'un puerh de 2 ou 3 ans. Mais ce n'est pas un puerh très avancé non plus.

Quelques secondes de rinçage, des odeurs très fruitées se dégagent.




Le matériel : à part la soucoupe sous le zhong, le set vient de chez Stéphane. 
J'adore l'utiliser avec mes jeunes puerh.




J'infuse ce thé en mode Yin, ie peu de feuilles pour des infusions allongées. Ici, j'ai utilisé 3g dans mon grand zhong qui doit faire 12cl utiles (15cl à raz bord.) J'infuse de plus en plus mes jeunes sheng ainsi. Je trouve que les grandes quantité de feuilles ne leur vont pas dans la majorité des cas.




Première infusion...




La première infusion, au jugé, essentiellement à la couleur, a duré 45 secondes. Elle est superbe : pure, fruitée, avec une excellente longueur. J'ai l'impression de boire un alcool mais sans l'éthanol. Je ne sais pas trop lequel. Le fruit auquel me fait penser ce puerh m'est connu mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Pruneau ? Peut être bien oui, comme un armagnac sans l'alcool. Mais il cache encore d'autres choses.

La liqueur n'est pas excessivement sucrée. Une petite astringence vient remplacer le fruit sur la fin. Les saveurs ont bien tenu 2 min en bouche. Ce n'est pas un dan cong, mais je reconnais là les critères de sélection d'Akira : une excellente longueur. À noter que ceci est son haut-de-gamme de puerh, à un prix quand même assez élevé de 21€ les 50g. Le tout est de savoir s'il les vaut.

Depuis que j'ai écrit ces lignes, Akira propose un nouveau puerh plus haut-de-gamme encore : un Bu Lang.




Seconde...




Deuxième infusion : 1 min : liqueur un peu plus foncée, plus orange que jaune. Même impression, celle de boire une gnôle de qualité mais sans l'éthanol. C'est liquoreux, riche, sucré sans excès. Il y a un aspect "fumé." Je m'en rends compte car je le rapproche instinctivement depuis le début à ma superbe galette de Lin Cang 2006 de Stéphane, et peut-être aussi de la TH240 de Terre de Chine.

Tout mon système ORL est maintenant imprégné de ce thé, ma salive en a le goût, je le respire. Peu astringente, cette infusion est tout aussi remarquable que la première. Je suis content de l'avoir faite Yin. Je pense qu'il y aurait eu superposition des saveurs dans le cas contraire, tellement ce puerh est riche. L'approche est bonne.




Troisième...




Troisième infusion : 1 min 30 sec. Une couleur toujours aussi foncée qui me fait me demander si je n'ai pas trop poussé. En tout cas, voilà encore un bon point pour ce thé : une infusion Yin conduit en général à peu d'infusions, les temps devant être allongés rapidement. Ici, à la couleur de la 3ème, je trouve ça très prometteur pour la suite. Peut-être trop forte justement. La bouche est plus muette, par contre la longueur est plus fruitée. L'aspect fumé tend à disparaître peu à peu.




Quatrième...




Quatrième infusion : 1min 30 sec : on va en avoir le cœur net ! Résultat : une liqueur à peine plus pâle mais plus terne arômatiquement. La couleur est un bon indicateur, mais ne fait pas tout... Pas si simple le puerh... Infusion pas inintéressante, mais pas autant que les autres.




Cinquième... si vous n'aviez pas deviné...




Cinquième infusion : 2 min 30 sec : on revient plus franchement vers le fruit. Ce thé est toujours d'une incroyable douceur. À noter que j'utilise (toujours) de l'eau de source faiblement minéralisée et également une bouilloire de qualité, avec une chauffe lente pour l'amener à ébullition.




Sixième...




La dernière infusion documentée ici sera la 6ème, non que ce soit la dernière que j'obtiendrai de ce thé. Il infusera encore de longues heures, notamment cette nuit. 5 min pour cette 6ème infusion. Il aurait été prématuré de croire ce puerh mort. Le concentré de fruit de la tasse est là pour le prouver. Certes on atteint pas la longueur en bouche des premières infusions, mais la texture et les saveurs sont très intéressantes.

De plus, comme je l'ai évoqué dans ma dégustation précédente, je me demande si avec les thés qui ont une grande longueur, la bouche ne sature pas après quelques tasses. L'astringence vient inhiber quelques glandes gustatives et on sent moins de choses. Est-ce pour autant qu'il faut rejeter l'astringence et trouver des moyens de l'ôter de la tasse (eau plus fraiche, théière) ? Non, je ne pense vraiment pas. Elle est une telle alliée pour la longueur et l'évolution des saveurs que je pense qu'il faut plutôt la chérir et l'apprivoiser. Bien entendu, trop c'est trop. J'en ai fait les frais sur un ou deux dan cong cet hiver.


EDIT : 7ème infusion : 3h : véritable jus de fruit. Excellent.




Cette soucoupe fait 15cm de diamètre.
Les feuilles sont assez grandes et robustes. Présence de nombreux bourgeons. Que de bons signes.




Que vais-je faire de différent la prochaine fois avec ce thé ? Pousser plus visiblement à partir de la 3ème. Définitivement rester en mode Yin.

Conclusion : Un thé de qualité à n'en point douter. Les feuilles ont une richesse et une complexité qu'un puerh standard n'a pas. Bien qu'on ne puisse trop rien dire de son évolution à venir, il est toujours plus probable que de telles feuilles donnent quelque chose de très abouti. À 108€ la galette de 357g (12.000JPY), ce n'est pas donné pour un puerh aussi jeune. Il faudrait plus d'une dégustation pour déterminer avec certitude s'il s'agit d'un bon candidat à l'achat. J'en commanderai surement quelques grammes dans quelques temps., pour me faire une seconde opinion. Ce fut un très bon moment passé en compagnie de ce thé dans tous les cas.




Une dernière pour la route...





À bientôt !


mercredi 14 juillet 2010

Série Wulong (1) : forte torréfaction et porcelaine








Voilà un moment que je n'avais rien écrit, ou plutôt que je repousse la date de publication. Chaque nouvelle infusion fait un peu progresser, donne de bonnes et de mauvaises idées, toutes dignes d'être considérées, testées. Aussi, j'ai toujours peur que ce que je vais écrire, alors que j'ai l'impression d'être satisfait de moi, ne se voit contredit ou amoindri par une nouvelle expérience.

Telle est la voie du thé : sinueuse, faisant parfois demi-tour, donnant sur une impasse ou du moins c'est ce qu'on croit, car une revisite pourra faire apparaitre de nouveaux sentiers.

Tout change. Les goûts changent, les envies changent, le palais change. Et dans ce mouvement perpétuel, une idée, un avis n'est que le reflet d'une position à un instant "t". Dans dix ans, avec de l'expérience, je reviendrais peut-être exactement au même endroit de ma voie : les mêmes goûts pour les mêmes méthodes. 

J'en profite pour rappeler que ces articles et ce blog n'ont nullement vocation à enseigner une façon, encore moins la façon. C'est un ensemble de balises sur ma voie du thé, de façon à pouvoir la revisiter et considérer avec du recul le chemin emprunté et parcouru. Et bien entendu, c'est un espace de partage dont le retour d'expérience de chacun permet de façonner ses propres choix.









Je commence une série de billets sur les wulong. Pour débuter, je vais m'intéresser aux spécimens très torréfiés et leur infusion en zhong. Cela parait très pointu mais ce n'est pas un hasard.


J'ai mis du temps à apprécier ces wulong, faute de préparation appropriée. Ces thés très travaillés, à 100% ou pas loin pour ceux dont on va parler aujourd'hui, ne me rendaient auparavant que des notes de torréfaction diluées, que je n'apprécie pas vraiment. Le café anglo-saxon, très peu pour moi !





J'ai souvent lu que le mieux était d'utiliser une glaise pourpre, zisha, souple et poreuse, pour arrondir les angles de ces thés. Je me suis acheté une telle théière et fait des tests. Le résultat ne m'a pas convenu. Efficace pour lisser certaines aspérités, ce "filtre" n'est cependant pas réglable et cela se fait aux dépends de détails et de certaines notes, ce qui me dérange ne serait-ce que philosophiquement : j'ai peur de passer à côté de plein de choses. Je ne prétends pas cependant que cette terre soit mauvaise. Je ne lui ai pas encore trouvé de domaine de prédilection. J'y reviendrai. Il est en effet toujours intéressant de pouvoir essayer un nouveau thé dans une telle théière.





Ensuite, j'ai essayé d'autres méthodes d'infusion, sans que rien ne me convienne vraiment. Ce que j'ai trouvé de mieux au bout du compte : le zhong. Comme quoi des fois il ne faut pas chercher bien loin... Comme d'habitude, les avantages de cet instrument sont multiples : on peut surveiller la liqueur, sa couleur, son odeur. Mais j'ai trouvé qu'en plus, ces wulong très torréfiés réagissaient particulièrement bien à la porcelaine. Ces thés déjà ronds n'ont rien à redouter de cet instrument qui accentue des fois les angles de certains thés trop fougueux. Les parfums sont rendus de façon très précise et quand on a sous la main un thé à la torréfaction très bien maitrisée, c'est un vrai bonheur.


Voici les détails de la préparation type que j'effectue pour ces thés :





Un dosage généraux, 4-5 grammes pour un zhong de 10cl. J'ai trouvé qu'il fallait mieux être généreux, pour éviter l'effet "café dilué" évoqué plus haut. Le dosage est actuellement au centre de mes réflexions. Je développerai plus dans un prochain billet.

J'utilise mon zhong de Terre de Chine pour ces thés, car c'est celui que je possède qui a les parois les plus épaisses et qui est donc susceptible de conserver au mieux la chaleur. Il faut si possible qu'il reste toujours chaud. De plus, les wulong supportent assez mal les interruptions d'après mon expérience, aussi il ne vaut mieux pas que le matériel refroidisse, ou alors il faut le repréchauffer. Je ne le fais que pour le zhong par contre et pas pour la cruche ni les tasses. J'aime boire mon thé à une température pas trop élevée, mon palais étant sensible à la chaleur, et je dois avouer qu'il m'arrive même de transvaser mon thé d'une tasse à une autre afin de le faire refroidir plus rapidement. Je perds peut-être des choses ce faisant, mais mes papilles sont plus précises à température plus faible.





Il faut donc bien préchauffer son zhong à l'eau bouillante. L'un des meilleurs moments de ces thés sera de sentir l'odeur des feuilles sèches dans un zhong brulant, mais je vous conseille de faire de même quelque soit la variété que vous infusez, en zhong ou en théière, dont la forme influera sur le ressenti. Un rinçage rapide (avec l'eau utilisée pour préchauffer le zhong par exemple pour pas gâcher) et on est parti !





Petite parenthèse sur le rinçage : autant avant j'avais tendance à rincer tout mes thés (sauf les verts,) autant à présent je ne le fais que sur les thés fermentés (et donc les puerh.)





J'utilise une eau à température maximum. J'attends juste qu'elle se soit calmée après ébullition. J'effectue la première verse avec virulence, pour faire tourner les feuilles afin qu'elles s'ouvrent mieux. Les autres seront faites délicatement pour ne pas brusquer les feuilles ouvertes, surtout au début.





Pour la durée d'infusion, je n'utilise plus qu'un seul principe avec le zhong : je soulève le couvercle et arrête quand ce que je sens me plait. Je trouve que le couvercle est plus précis qu'une tasse à sentir et je me dis que cette méthode doit former mon nez à être plus précis. La couleur est aussi une bonne indication quand on connait bien le thé qu'on infuse.

Cela fait également partie de mes résolutions récentes d'essayer - à terme - de me passer de deux de mes accessoires : chronomètre et balance. Pour cette dernière, je m'amuse à essayer de doser mon thé au jugé dans une petite coupelle et pèse le résultat pour voir si je suis loin du poids escompté. Avec un peu d'entrainement, je devrais pouvoir m'en passer sous peu ! Restera le thermomètre. Chaque chose en son temps...





En gros, concernant mes temps d'infusion, cela dépendra vraiment des goûts. Même une liqueur très dense et forte aura un intérêt en la persistance et l'évolution en bouche. Mais il est intéressant de jouer avec ce paramètre et de faire la corrélation entre ce qu'on sent sous le couvercle et ce qu'on trouve en bouche.





Enfin, ces thés se prêtent magnifiquement aux infusions longues. Plusieurs heures, une nuit, tant qu'il y a de la matière à extraire, j'infuse !





Il faut à présent que j'élargisse ma gamme de cette famille de thé. J'en ai repéré quelques uns chez Essence of Tea qui devrait en recevoir de nouveaux la semaine prochaine. Pour le moment, j'ai le Tie Guan Yin torréfié de Stéphane, celui avec qui tout a commencé : sublime. À prix à peu près équivalent, le Tie Guan Yin 2 de Taïwan de la maison des 3 thés ne tient pas la distance. J'aime bien le Qizhong Oolong de Stéphane (Baozhong torréfié) mais je ne sais pas s'il est si torréfié que les autres dont je parle ici. N'hésitez pas à me donner vos impressions sur d'autres produits, je commence juste.





Ces wulong torréfiés sont vraiment des thés spéciaux qu'il convient de bien préparer. Je ne dis pas que ma méthode est la meilleure. J'en changerai peut-être plus tard, mais pour l'instant elle me satisfait.

L'intérêt de ces thés réside dans leur longueur en bouche et leur évolution qui peut durer plusieurs minutes.

J'ai encore un long parcours à faire pour comprendre bien ces thés. J'y reviendrai sûrement. Mais je tenais à les présenter car il est facile de passer à côté selon moi.





Voilà pour ce premier volet sur les wulong. Le prochain sera consacré aux Wuyi yancha (thés de rochers.)


À bientôt !



mardi 27 avril 2010

Différents Cha Xi





Je continue mes essais de dégustation en utilisant un Cha Xi. Je travaille sur les maladresses et les doutes rencontrés la première fois. C'est une discipline de longue haleine qui me demandera beaucoup de temps et d'application, mais fortement plaisante. Il faut être organisé et concentré. Et faire simple.

Voici quelques clichés de mes trois essais récents. La recherche autour du Cha Xi est uniquement esthétique. Si la réalisation est amusante, la dégustation est un vrai plaisir : gestes lents, application, écoute de ses sens, réflexions nouvelles.

Tout cela au service du thé, du plaisir.


Session II : Gong Xiang en zhong :














Session III : Chen Sheng (Lao Banzhang) en Yu Zhu :














Session IV : Beauté Académique en Yang Wen Ji :














À bientôt.