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samedi 3 septembre 2011

Mi Hua Xiang 2010 - Hojo Tea






Cela faisait de longs mois que je tournais autour de cet échantillon offert par Akira. Il s'agit surement du thé le plus prestigieux - donc le plus cher - que je n'ai jamais eu entre les mains, un Dan Cong ayant obtenu une médaille d'or dans une compétition nationale chinoise.

Combien ça peut coûter un thé comme ça ? Je n'en avais aucune idée jusqu'à la sortie récente de la nouvelle sélection d'Akira où figure ce thé version 2011. Et le verdict tombe : 4,70 euro le gramme. À noter cependant que cette dernière version n'est pas exactement la même que celle que j'ai entre les mains. Le thé de 2010 vient d'un arbre bien plus jeune que le nouveau (qui a 300 ans) et qui a encore gagné le premier prix dans une compétition cette année.

Alors, à quoi peut bien ressembler un tel thé ? Quelles impressions peut-il bien donner ? Comment peut-il être encore meilleur qu'un Ba Xian ou qu'un Heaven Scent ? La réponse m'a surpris...








J'ouvre mon échantillon et je pèse son contenu : 8 grammes et quelques. Dilemme. Je mets tout ou pas ? Dernièrement, je suis passé à côté d'un beau dan cong dont je disposais la même quantité. J'avais tout mis et je l'ai au final regretté. Ça ne s'est pas joué à beaucoup mais c'était trop. Les dan cong fleuris se comportent mieux un peu moins dosés que d'autres plus fruités j'ai l'impression. Pour ce Mi Hua Xiang, l'odeur à l'ouverture du paquet indique qu'on est plus sur un profil style Mi Lan Xiang, sur les fruits exotiques, la pêche, etc. J'aurais du tout mettre, mais finalement j'en ai décidé autrement. Un petit retour à des dosages plus sages ne peut pas faire de mal. Toujours se remettre en cause et ne pas se complaire dans une quelconque habitude susceptible de faire passer à côté de plein de choses...

5g donc. Et puis les 3g et quelques restant seront parfaits dans mon petit zhong de Mandarin's Tea Room.








Pour le reste du protocole, ce sera eau Mont Roucous, bouilloire en inox, zhong profil plat de Teasmith et, le meilleur pour la fin, une superbe tasse signée Shawn McGuire, un potier américain qui fait des choses absolument magnifiques, et qui pratique des prix très raisonnables ce qui ne gâche rien au plaisir... N'ayant pas pris de photos ou presque pendant la session pour ne pas me disperser, j'illustre ce billet avec les pièces que je possède de cet artiste, enfin presque car une ne m'appartient pas.

Le petit bol choisi permettra au thé de refroidir vite et ainsi d’enchaîner les infusions sans que le matériel ne refroidisse trop vite. Lier l'utile à l'agréable. Mais penchons nous sur les feuilles.








Je vous renvoie à la première photo de cet article. À les voir avec leur couleur marron, on a l'impression qu'elles ont été torréfiées. Eh bien en fait, pas du tout ! C'est l'unique conséquence de l'oxydation comme je l'ai appris il y a peu. Comme quoi les apparences peuvent être trompeuses... Il faut dire qu'à les sentir, on ne repère pas d'odeur de torréfaction particulière, juste le fruit : fruits exotiques, pêche, abricot, et surtout pamplemousse. Il y a quelque chose de vert aussi. À noter qu'elles ne sont pas très grandes. 

Dans le zhong dûment préchauffé, le fruit se confirme, de manière subtile.

Un rinçage flash et tout cela change un peu : c'est frais, intensément floral, pas aggressif pour un sou. La couleur des feuilles a déjà drastiquement changé tirant à présent sur le vert, ce qui confirme l'absence de torréfaction. L'eau de rinçage, quant à elle, revêt une jolie couleur pêche, et une odeur qui tire un peu sur le tilleul.

Le bilan pré-dégustation est assez simple : de la finesse, pas d’exubérance. Moi qui croyait qu'un thé de cette trempe allait peut-être être une surenchère, du fast comme jamais vu, ça m'a tout l'air d'être l'inverse.








Première infusion : 40 secondes. Pas de parfums très forts. Je remarque un pôle légume également, mais le nez tourne surtout autour des herbes arômatiques et du sucre. Surprenant, je m'attendais à en avoir plein le nez dès le début. En bouche, c'est aussi discret, mais... la longueur, l'aftertaste, est aussi d'une finesse incroyable, et dure loooongtemps.

Sur ce genre de thé jouant sur des notes exotiques, il y a parfois une évolution vers la papaye. Je ne dis pas que je n'aime pas ce fruit, mais je lui trouve souvent un goût écoeurant, et quand un dan cong vire sur ce côté, je dois admettre que je n'apprécie pas toujours. Là, c'est parfait, on a la richesse du fruit sans ce côté que je n'aime guère. À la fin de cette première tasse, je sais que je passe à côté de plein de choses, en espérant que les infusions suivantes ma permettent de découvrir plus.




Remarquez les reflets dorés des fissures aux fonds de la tasse...




50 secondes : je ne sais si c'est mon habitude des dosages costauds mais avec ces 5g, je trouve au thé une fluidité originale, très agréable. Il passe dans la bouche tout en stimulant les différentes parties responsables de la perception du goût. Ça coule et ça reste. Très très légère astringence, bienvenue comme d'habitude. L'évolution se fait assez finement et je suis dans l'embarras pour esssayer de décrire tout ce qui me passe par la tête ou plutôt devrais-je dire, par la bouche et le nez. De la cerise ? De la pêche blanche pour sûr, une petite astringence peau de raisin blanc, un fort côté "sucre" bien présent sans être envahissant. Je cherche à mettre le doigt sur un côté plus gourmand mais pas assez clair. Spéculos ? Brioche ? Caramel ? Je ne saurais être affirmatif. Toutes ces notes sont fugaces, on a l'impression qu'elles sont là... et puis non, ça a changé, ou peut-être les ai-je imaginées ? Tant de choses restent en bouche.













80 secondes : toujours les mêmes lacunes dans le registre floral pour décrire les parfums de ce thé, pourtant il y aurait tant à dire... Mais ne pas trouver la comparaison juste n'empêche pas de se régaler, fort heureusement ! Intéressons-nous un peu aux feuilles. Pas encore ouvertes, elles sont assez colorées, tirant allègrement sur le rouge, preuve d'une oxydation partielle. En bouche, de nouvelles choses apparaissent. Cerise, définitivement, griotte même, sans l'acidité. L'image d'un bon clafoutis me vient à l'esprit, surtout que dans certains wulong, on peut trouver un côté "oeuf" par exemple dans les Tie Gwan Yin. Il peut être agréable ou pas suivant le grade du thé. Toujours pas d'astringence prononcée, mais une belle longueur.








1min45 : ce thé est d'une souplesse incroyable. Même poussé un peu, il ne répond pas agressivement, et reste calme et subtil. Je note aussi que j'avais un peu peur en attaquant cette dégustation d'avoir quelques maux d'estomac. Les Dan Cong, moins que les Wuyi yancha mais tout de même, peuvent faire un peu de mal à un estomac vide. Je n'ai pas beaucoup mangé avant de boire ce thé, de peur d'altérer mes papilles. Mais aucun problème à ce niveau là.

3 minutes : toujours très beau, le thé se lisse un peu, un peu moins d'angles mais d'une douceur superbe. Toujours cette longueur...

5min : c'est le problème avec ce genre de dosage, la fin arrive plus vite ! Non qu'il faille déjà enterrer ce thé, mais il semble avoir perdu quelques finesses. J'arrête là la description.






















La deuxième session avec l'autre moitié de l'échantillon a été aussi très agréable. J'ai été moins analytique. Le sachet qui avait trainé assez longtemps comportait quelques brisures de feuilles. Autant j'avais trié les meilleures feuilles pour la première session, autant là c'était moins uniforme. Le thé s'est donc montré plus astringent en bouche, mais la longueur n'en a été pas moins superbe, douce et subtile. La griotte m'est apparue de façon moins évidente, au profit de l'abricot et de la pêche blanche. La texture m'a semblé plus laiteuse également.

Bref, essayer de saisir un tel thé à la première voire deuxième rencontre n'est pas facile. Cela demande beaucoup d'entrainement et j'en suis encore très très loin.

Enfin, j'ai utilisé une autre tasse du potier Shawn McGuire, plus grande avec une forme qui capture très bien les parfums. Superbe pièce encore une fois...








En conclusion, je dirais que ce thé m'a donné une bonne leçon. Quand on monte assez nettement en gamme, on ne trouvera pas forcément un thé qui est extraordinairement bon de manières "évidente" et exubérante. Tout cela se joue dans la finesse et la longueur.

Je vois deux conséquences directes à cela : la première, c'est que pour préparer ce genre de beauté, il ne faut pas se tromper. Une mauvaise eau, une théière non adaptée et toute les finesses s'envolent. On se retrouve alors avec un thé non seulement plat mais aussi faiblard. Enfin, pour être à même d'apprécier et de capter toutes les finesses, il faut à mon avis avoir l'habitude de boire des thés de ce niveau. Ça ne vient pas d'emblée et demande de l'entrainement... dixit la personne qui a la sensation d'être passé à côté de beaucoup de choses lors de ces deux dégustations...


À bientôt !


>> Prochain article : l'oxydation des Dan Cong.

lundi 30 mai 2011

Ao-Hagi by Yamane Seigan






Le Ao-Hagi (Ao = bleu) est un style développé par Yamane Seigan, artiste assez connu des amateurs de thé. Il aura mis près de 10 ans à le développer en l'état. Je vous ai fait ici une sélection de quelques objets en ma possession utilisant de tels émaux. Il est dommage que je n'ai pas d'objectif macro car de près les détails sont bluffant. Des heures ne suffiront pas à en percevoir toutes les variations. Mais à choisir entre un objectif photo et de telles merveilles, je préfère honnêtement vous les montrer de loin !

Sont présentés ici une petite jarre d'une dizaine de centimètres de haut, trois yunomi (grande tasse à thé) et un guinomi (petite tasse à sake).











Boire dans de telles tasses est très différent par rapport à la porcelaine. Les parois épaisses chauffent bien et gardent la chaleur très longtemps. Le contact avec les lèvres est très agréable. Enfin, la manipulation de tels objets procure un plaisir qui ajoutera à l'expérience de la dégustation.


À bientôt !


lundi 16 août 2010

Tetsuaki Nakao









Aujourd'hui, j'aimerais faire un clin d'oeil à mon ami Hidehisa, la personne se cachant derrière la boutique eBay Magokorodo.

Depuis peu de temps, la sélection d'artistes avec qui il travaille compte un nouveau membre, et pas des moindres. Tetsuaki Nakao est un céramiste hors pair, voici son site (en japonais.)

Il travaille une technique spéciale, le Ginga-yû, Galaxy glaze. Je ne connais pas la traduction exacte de "glaze" en français. Vu que ça doit être un terme technique, je n'ai pas envie de l'écorcher avec une traduction approximative.

Il décline ses styles en cinq familles suivant la couleur, portant les noms des saisons, plus Janvier (Mustsuki.)








J'ai la chance d'être l'heureux possesseur d'une de ces pièces du style Spring Galaxy.








En main, cette tasse ne pèse pour ainsi dire rien du tout. Elle fait moins de 70g pour 6cm de hauteur et 8 cm de diamètre. C'est assez irréel, surtout quand elle est chaude. J'ai décidé de l'employer avec mes Dan Cong, sans doute les thés les plus fins que j'ai en ma possession.

Utiliser un tel objet d'art pour boire son thé est une expérience différente de la simple tasse blanche en porcelaine fine, que j'utilise néanmoins assez souvent, même si de moins en moins.








Quand je suis assez concentré sur le rendu de mon thé, j'en viens parfois à oublier la tasse en elle-même. Je pourrais utiliser n'importe quoi, mon esprit est concentré sur autre chose. Ce n'est pas le cas avec des objets comme celui-là. On ne peut omettre sa présence, sa beauté.

La tasse a aussi son rôle à jouer dans le Cha Xi. Elle a son esthétisme et son contact avec les lèvres va changer l'expérience. Imaginez-vous buvant à la tasse ci-dessous, et vous comprendrez peut-être de quoi je veux parler.








Au Japon, l'œil est sollicité dans la vie de tous les jours d'une manière bien différente de chez nous. C'est comme si tout avait été repensé, poussé dans ses limites (parfois trop.) Des choses simples ont une ou plusieurs fonctions supplémentaires ou sont faites différemment, souvent pour le mieux. De même, la recherche de l'esthétisme, de l'harmonie est utltra présente dans les tableaux urbains, mais aussi dans des activités où nous autres semblons moins soucieux de faire du beau.

Dans le domaine culinaire, c'est flagrant. Voici quelques photos du repas que nous avons partagé avec Hidehisa l'automne dernier. C'était dans un restaurant assez discret de Tottori tenu par un maître cuisto ayant fait ses armes à Kyoto avant de revenir ouvrir son restaurant ici. On y boit son saké dans des tasses Yamane Seigan. Le cuisinier nous a offert les nôtres d'ailleurs. Un souvenir inoubliable pour le meilleur repas japonais de ma vie, et je peux vous dire que j'en ai fait un paquet...





Les meilleurs sashimi du monde...




Le sel au matcha




Tempura de sardine





Un régal...




Sushi...




Allez, j'arrête de vous faire saliver et je mets fin à ce billet un peu fourre-tout. Place à la belle, la tasse Spring Galaxy de Tetsuaki Nakao.

À bientôt !












NB : les photos que je publie sont uniquement retouchées un peu dans les contrastes ou l'exposition. Je cherche à ce que les couleurs soient les plus fidèles possibles, juste un peu plus "flashy" peut-être. Je précise car ça n'a pas toujours été le cas. Et pour ceux qui me l'ont demandé, mon appareil est un compact Panasonic Lumix DMC-FS62.



mercredi 21 avril 2010

Sencha & Bizen...




... ou comment deux dégustations de sencha dégénèrent en séance photo...



A bientôt.