mercredi 9 septembre 2015

Critères de choix de fournisseurs (2/6)







2 - la traçabilité : quoi de plus inutile que de nommer ses thés avec des numéros, ou des noms farfelus, sans les assortir d'autres informations ? Est-ce vraiment professionnel ? Quid de la provenance, de la méthode et des produits utilisés ? Et le respect pour les artisans qu'il y a derrière ? Du savoir-faire ? C'est sûr que c'est pas facile d'essayer de développer un culte de la personnalité en ventant les mérites d'autres personnes... 

Pour moi, cette traçabilité est pourtant essentielle. Comment puis-je espérer tirer un enseignement quelconque sans information ? "Ok, j'ai bu un thé super, mais je ne sais pas du tout ce que c'est que ce truc !! Alors j'ai appelé le vendeur qui m'a raconté que c'était un thé hyper rare qui pousse sur une plaine au sommet de l'Himalaya sur des théiers plantés par Bouddha lui-même quand il était encore dans le ventre de sa mère, et cueilli par des vierges aveugles acrobates..." Ok... Ça vous rappelle quelque chose ? Personnellement - appelez-moi sceptique - je pars du principe que toute information non vérifiable sera fausse dans la majorité des cas chez ce genre de vendeur. J'ai eu trop de déceptions à essayer de dénicher la perle rare, à être trop crédule. Trop d'argent perdu aussi. Même si gouter à un thé médiocre reste quelque part de l'expérience engrangée, encore faut-il ne pas en abuser, ce qui peut être le cas quand on papillonne trop. 

Un peu de respect donc pour les vrais artisans du thé s'il vous plait Mesdames et Messieurs les vendeurs, Maîtres et Maîtresses. Rien n'est plus efficace auprès des amateurs que de leur dire exactement ce qu'ils boivent. Ils reviendront alors gouter d'autres millésimes, d'autres terroirs, d'autres variétés du même producteur, etc. Il y en a qui le font avec passion et dévouement, alors y a pas de raisons. Quand quelqu'un n'est pas honnête dans son approche, ça finit toujours pas se voir de toute façon.

L'achat est un acte "politique" : ne cautionnez pas les vendeurs de rêves. On trouve sur le marché des vendeurs directement liés à des sectes, des vraies. À côté de ça, d'autres multiplient les efforts pour essayer de faire connaitre des thés exceptionnels, et par la même parfois soutenir une agriculture traditionnelle en péril, d'améliorer les conditions de vie et de travail parfois misérables de certains travailleurs du thé. Et, accessoirement, ils vous permettront de connaitre le gout authentique d'un thé, chose qui sera peut-être de plus en plus dure à faire. Mais rien ne vous empêche de donner votre argent à de grands gourous, ou des imposteurs qui se font passer pour de grands maîtres de thé devant Paris-Match... Le problème c'est que personne ne va vérifier si ce qu'ils avancent est vrai. Même pas les journalistes. 

Sur le même principe, et pendant qu'on y est, écrire un livre ne fait pas de vous un(e) expert(e), qu'on le dise. Un blog non plus, j'en suis la preuve vivante. 

Alors, si le vendeur ment, et que Paris-Match et la télé ne font pas bien leur boulot (ça, c'était pas dur à deviner), qui va le faire à leur place ? Qui va faire en sorte que le premier venu ne soit pas victime de cette désinformation ? Pas grand monde apparemment. Peut-être serait-ce aux amateurs qui communiquent sur la toile d'être un poil plus informatifs ? Mais encore faut-il ne pas dire n'importe quoi soi-même, et que le but ne soit pas de faire du chiffres de viewers. Auquel cas, oui, mieux vaut colporter des âneries, ça c'est sur. Quel que soit le domaine, c'est un créneau visiblement plus porteur.

Le problème c'est qu'au final, surtout quand on est débutant, il est très compliqué voire impossible de reconnaitre une contrefaçon d'un thé authentique, même chez soi avec ses paramètres familiers, et surtout quand on est influencé par une belle histoire... Mais qui peut avoir une telle expertise à part un vendeur sérieux et honnête ? N'est-ce pas son rôle, ce pour quoi on le paie ? Pourquoi ai-je l'impression qu'un débutant devra braver vents et marées avant de dénicher UN vendeur honnête et qui s'y connait ? En voilà un gros problème, car nombre de professionnels abusent de cette situation. Idem pour le label "bio" ou la présence de produits chimiques. Qui peut les repérer à la dégustation ? Ce sera le sujet du prochain volet de cette mini-série.





つづく